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Les expositions

Le site se compose d’une bâtisse principale de 3 600 m² et de quatre bâtiments se déployant autour d’une cour et d’une allée arborée, dans un parc de près de 3 hectares. Ses dimensions exceptionnelles orientent le projet artistique dans le sens d’une valorisation du geste artistique d’aujourd’hui. C’est pourquoi l’accent est mis sur l’accueil et le développement de résidences de création.

Exposition visible du 1er février au 30 août 2020 (prolongation)
Vernissage le 1er février à 17h

Artiste : Ludovic Chemarin©
Commissariat : Éric Degoutte.

Au cours de son deuxième temps de passage aux Tanneries intitulé Damien et P. Nicolas – prénoms des deux porteurs du projet –, Ludovic Chemarin© investit les espaces du centre d’art qui ne sont pas d’exposition. Il y parsème de façon plus ou moins visible et palpable, recomposée ou non, les éléments de l’exposition Benoît, Christophe, Delphine, Gaël, Laura, Nathalie, Olivier qui habita la Grande Halle d’octobre à décembre 2019. Entre émergences et résurgences, tout se passe alors comme si les œuvres qui la composaient changeaient de statut, au contact de nouveaux espaces et contextes, pour devenir objets d’art, objets décoratifs ou tout simplement matières en attente de recyclage.

À travers la dissémination et la mise en récits de l’exposition Benoît, Christophe, Delphine, Gaël, Laura, Nathalie, Olivier et des œuvres qui la compos(ai)ent, Damien et P. Nicolas opère un jeu de redéploiement de l’identité créatrice qui renouvelle et régénère à la fois, et comme toujours dans les projets de Ludovic Chemarin©, la figure de l’artiste, de l’auteur, mais aussi celles de l’exposition et des œuvres.

Renouvellement et régénération de la figure de l’artiste, avant tout, en une confrontation – qui prend parfois la forme de l’association – avec celle de l’auteur. Qui sont Damien et P. Nicolas ? Les deux pères et figures tutélaires du projet Ludovic Chemarin©. Une forme de paternité qui évoque bien le lien social et familial, solidaire, qui traverse cette (id)entité artistique à la fois unique et plurielle qui se structure et se développe en cercles concentriques sous la forme de satellites dont Ludovic Chemarin© est l’orbite. La place des pères du projet comme celle des contributeurs est donc profondément mobile, faite de rapprochements et d’éloignements nécessaires, induits ou fortuits, qui laissent aussi la place au décalage et à la délégation du geste artistique. La question de cette délégation du geste est d’ailleurs posée de manière frontale dans ce deuxième temps d’intervention au cours duquel l’équipe des Tanneries s’en trouve grandement délégataire.

Ce renouvèlement et cette régénération de la figure de l’artiste s’accompagne d’un éclatement ludique et presque essentiel de la figure de « l’exposition ». Décomposée et recomposée à travers une nouvelle économie de formes – sensible aux enjeux du recyclage –, l’exposition Benoît, Christophe, Delphine, Gaël, Laura, Nathalie, Olivier se trouve désarticulée, désacralisée, débordée mais aussi prolongée et transfigurée dans les intentions et les interventions déléguées de Damien et P. Nicolas.

Cette dissémination de l’exposition et des œuvres avec elle dans des espaces qui ne sont pas d’exposition (accueil, escaliers, bureaux, cour extérieure, etc.) induit une dérive, un glissement dans le hors-champ et dans le hors-temps de l’exposition. Ce faisant, le visiteur est invité à une déambulation attentive dans les « coulisses » du centre d’art, insinuant un changement des usages de la visite et du temps d’exposition, non dénué d’une forme de burlesque. Le visiteur se retrouve, tel un inspecteur Clouseau, à la recherche des fragments du cadavre exquis que constituait l’exposition Benoît, Christophe, Delphine, Gaël, Laura, Nathalie, Olivier et que constitue aussi – en creux – l’orbite Ludovic Chemarin©.

À l’origine, à travers et au bout de ces différents processus, la désacralisation non-spectaculaire des œuvres en font des objets en devenir dont le statut questionne et reste à questionner, entre disparitions, réaffleurements et transformations.

La notion de « grand détournement » – déjà évoquée dans le premier temps d’exposition – trouve dans Damien et P. Nicolas une dimension protocolaire qui permet de développer tout en l’élaborant une autre manière d’appréhender la mise en exposition, la création et le statut des œuvres et la place de l’artiste et de son intention. Elle met ainsi en lumière une forme de polyphonie artistique qui trouve une continuité dans le corps social pluriel et séquencé qu’est Ludovic Chemarin© et en exergue l’espoir d’une inaliénabilité dans l’altérité.

En 2011, les artistes Damien Beguet et P. Nicolas Ledoux achètent contractuellement l’œuvre et le nom de l’artiste Ludovic Chemarin (déposé au préalable comme marque par ce dernier), après que celui-ci a décidé en 2005 de mettre fin à sa carrière. Ils en poursuivent depuis l’exploitation sous le nom de Ludovic Chemarin©, que ce soit en réactivant le travail de Ludovic Chemarin ou en créant de nouvelles œuvres.

Parce qu’il interroge en soi et à plusieurs titres le statut, la nature et même la dénombrabilité de l’artiste, Ludovic Chemarin© est invité à devenir une figure centrale de la nouvelle saison artistique des Tanneries intitulée Figure[s]en déployant sur une saison entière de nouveaux dispositifs créatifs pour accompagner chacun des temps forts de la programmation.

Dans le prolongement des questionnements fondamentaux soulevés par l’exposition dédiée aux contributeurs et co-auteurs Benoît, Christophe, Delphine, Gaël, Laura, Nathalie, Olivier et de leurs résurgences et mises en récit dans les espaces d’accueil opérée par Damien & P. Nicolas, véritables pères du projet Ludovic Chemarin©, un troisième temps d’exposition intitulé Ludovic fera place, dans le Parc de sculptures, à une approche plus plasticienne en présentant des œuvres de Ludovic Chemarin revisitées ainsi qu’une création inédite de Ludovic Chemarin© réalisée en collaboration avec Ludovic Chemarin lui-même.

 

Exposition visible du 1er février au 30 août 2020 (prolongation)
Vernissage le samedi 1er février à 17h00

Artiste : RYBN.ORG
Commissariat : Éric Degoutte

Au carrefour des arts plastiques, de la recherche, des micro et macro-économies et du net.art, l’exposition The Great Offshore présentée dans la Galerie Haute constitue le nouveau volet d’un projet d’enquête au long cours sur les logiques des économies offshore menée par le collectif à géométrie variable d’artistes anonymes RYBN.ORG (constitué en 2000). Pour cette exposition aux Tanneries, le collectif prolonge un travail de dévoilement de figures de l’économie dite « occulte » précédemment engagé dans diverses structures liées aux arts visuels et numériques. Ce prolongement s’opère ici à travers un foisonnement organisé de données, d’histoires, de motifs, de matériaux et de médiums interconnectés, recoupant une liberté sémiotique et d’association qui sous-tend sa pratique en tant que plateforme numérique de recherche indépendante.

Véritable mise en commun de l’information, l’œuvre documentaire The Great Offshore constitue une proposition multidimensionnelle et en devenir au sein de laquelle chacun des contributeurs – qu’il soit membre du collectif ou invité par ce dernier – participe à la production d’un ensemble polymorphe duquel émerge une figure de l’offshore extra-disciplinaire, plurielle et complexe. De l’étude de savoirs interstitiels naît une forme de méta-archéologie qui repose, en partie, sur une analyse de méta-données transfigurée à travers une pratique qui plonge ses racines dans une forme de nomadisme et dans la méthode situationniste de la « dérive »[1] qu’RYBN.ORG a transformée en développant ses propres outils de recherche et de création.
Dans le fond comme dans la forme, il s’agit bien pour le collectif d’opérer, à travers The Great Offshore, des frictions pour produire du sens, de l’intelligible. À la nouvelle géographie – matérielle comme immatérielle – qui se dessine à partir des combinaisons et mises en relation des enquêtes menées par RYBN.ORG et ses extensions virales et rhizomiques, répond celle de l’exposition pensée pour le centre d’art, constituée en archipel ou, encore, en galaxie ; deux motifs communément attachés à l’imaginaire des économies parallèles.
Ainsi, dans la Galerie Haute, cinq îlots viennent graviter autour d’un épicentre, recoupant cinq itérations, occurrences et topologies du offshore tel qu’il se manifeste de nos jours. Offshore Lab traite du business florissant des sociétés « boîtes-aux-lettres » aux Pays-Bas ; Proxy – La City de l’influence que la Corporation de la City maintient dans l’ancien Empire britannique ; Malte Blockchain du marché spéculatif des crypto monnaies à Malte, dite la « block-chain island » ; Art Market de la financiarisation du marché de l’art et l’émergence des freeports en Suisse, au Luxembourg et à Singapour ; Space Offshore de la législation du Luxembourg qui drague les fonds les plus futuristes. Au centre de l’exposition, Algoffshore – constitué de grands diagrammes qui consignent les modes opératoires des cinq autres îlots – met en lumière les dynamiques et mécanismes transversaux qui participent à la formation d’un véritable régime de gouvernance, de l’histoire coloniale et post-coloniale au développement du capitalisme mondial.
Entre polarisation et constellation, Algoffshore concentre la partie analytique de l’exposition dont les disséminations en îlots font la part belle à une vision plus scénarisée, relativement nouvelle dans la démarche d’RYBN.ORG. L’exposition dans la Galerie Haute des Tanneries – véritable extension du projet The Great Offshore –, est en effet l’occasion pour le collectif d’initier une approche plus plastique, fictionnelle et spéculative, dramatique et poétique, traduite, entre autres, par un travail très particulier sur l’éclairage.
Entre points d’obscurité et poches lumineuses, la nébuleuse de mises en récits visuels et sonores opérée par RYBN.ORG dans The Great Offshore s’ancre fortement dans l’imagerie de l’enquête : aux univers citadins à l’architecture horizontale des films noirs se substituent ceux photographiés des architectures liées aux activités offshore. La prolifération des écrans ainsi que des modes d’écoute contribue également à la mise en place d’ambiances visuelles et sonores distinctes qui puisent dans l’imaginaire de l’espionnage mais aussi de la salle des marchés.
Entre le visible et l’invisible, l’explicite et l’implicite, le textuel et le visuel, le fantasme et la réalité, The Great Offshore met en lumière des territoires et des savoirs encore occultés – situation paradoxale dès lors que l’on prend la mesure de leur place et de leur puissance dans l’économie mondiale. L’archipel et chacun de ses îlots constituent donc une véritable base de données physique organisée en bibliothèques thématiques partagées au visiteur. Ce dernier est invité à les investir comme il l’entend et au grès de temporalités, de voies et de récits variés, afin de mener sa propre enquête.
[1] Guy Debord, « Théorie de la dérive », Les Lèvres nues, no 9, décembre 1956.

Partenaires de l’exposition :
RYBN.ORG est lauréat du programme ‘Les Collectifs d’artistes’ de l’Institut français.
Le projet The Great Offshore bénéficie de l’aimable soutien du programme Europe Créative EUCIDA et de l’Espace multimédia Gantner.
L’exposition The Great Offshore bénéficie de l’aimable collaboration d’élèves du CAP Menuiserie de l’EREA Simone Veil d’Amilly, dans le cadre du montage, ainsi que de l’ÉSAD-Orléans, de la Labomedia et de radio -Node dans le cadre du mini-festival des 7 et 8 mars 2020 autour de l’exposition.

Programmation vidéo visible du 20 juin au 30 août 2020
Artistes : Marcos Avila Forero, June Balthazard, Julie Chaffort et Mona Convert
Commissariat : Éric Degoutte
Avec l'aimable soutien de la compagnie vinicole de Bourgogne

 

 

Note d’intention rédigée par Éric Degoutte – mai 2020

Entre les rivières.
De l’une à l’autre, la promesse est faite de retrouver à nouveau le fil de l’eau et, tout autant, le fil d’une vie ; le fil d’une histoire ou même d’un mythe.
De l’une à l’autre, le parcours devient le jeu d’une nouvelle épreuve de navigation, là où le road-movie s’entreprend et se déploie par séquence. Lui aussi semble se promettre au fil de l’eau, mais d’une autre manière -puisqu’au sens figuré. Il se fait pourtant – littéralement parlant – au fil des textes.

Entre les rivières, il y a aussi l’architecture reconvertie (1) : celle qui fut initialement façonnée – comme la roche l’est par l’érosion hydrique – pour ce passage d’un bras à l’autre du Loing. L’élément insaisissable s’y laissait gouverner, venant parcourir silencieusement les conduites puis emplir les bassins pour reprendre son cours, plus loin et sans plus de bruit. Devenu, dans l’antre, une eau noire, souillée des scories de la matière transformée et moirée par les tannins dilués, elle tentait de se dissiper pour mieux se perdre.

Cette architecture devient désormais, le temps d’un été, le refuge de figures filmées, de figures suivies. Elles s’animent, crayonnées sur fond noir, chantantes et dansantes ou encore silencieuses et habitées d’une voix intérieure. Elles parlent, parlent entre elles autant qu’à elles-mêmes. Ces paroles se tissent et font chœur. Au terme de chacune des scènes filmées persiste une polyphonie d’existences.

Des réalités venues du Maroc, du Portugal et de France, de l’île Maurice, de l’Amazonie ou encore des terres du Médoc sont données à voir ici. Au fil de l’écriture filmique, les présences séquencées se montent et les récits se montrent. Ils nous emportent, nous entraînent et nous invitent à sortir de nos isolements – choisis ou non – et à plonger dans l’image plein écran et toute radieuse, enveloppés par la fraîcheur de la Grande Halle. Et l’on passe, comme cela, d’un moment à l’autre, d’une chanson fredonnée à un morceau choisi, d’une piste à l’autre, d’une rive à l’autre…

Mais si la ritournelle peut être un joli tourbillon, ce dernier aspire aussi à modifier les belles étendues au temps suspendu. Émerge alors la résurgence, au gré d’une image, d’un temps retrouvé ou d’un temps disparu. Ni blanc, ni noir, mais blanc et noir, comme la note et la partition, l’encre et le papier. Le jour et la nuit. La rive et la grève.

Chacun se trouve entre les rivières : dans ce temps habité de l’entre-deux

Détails de la programmation :
À Tarapoto, un Manati. Le Voyage, Le Témoignage et La Construction (2011 – 18’38’’, 24’02 » et 26’47 »), Marcos Ávila Forero
La Rivière Tanier (2017 – 17’30’’), June Balthazard
Banjolito (2019 – 32’17’’), Julie Chaffort
Entre les rivières (2019 – 45’59’’), Mona Convert

Remerciements :
Avec l’aimable concours de l’ensemble des artistes programmés ainsi que celui du Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur et du Fresnoy – Studio national des arts contemporains dans le cadre des prêts d’A Tarapoto, un Manati. Le Voyage de Marcos Ávila Forero et de La Rivière Tanier de June Balthazard

 

Programmation vidéo visible du 3 juin au 30 août 2020
Artistes : Minia Biabiany, O4AS, Beatriz Santiago Munoz, Vincent Toi, Tania Ximena et Yollotl Alvarado
Commissariat : Minia Biabiany

 

Minia Biabiany (née en 1988 à Basse-Terre, vit et travaille entre Mexico et Saint-Claude) est invitée à investir la Petite Galerie des Tanneries en tant qu’artiste, mais aussi en tant que commissaire d’exposition. De ce nouveau rôle est née une programmation vidéo intitulée Paroles de lieux. Selon ses propres mots, Paroles de lieux « invite à habiter un entre-deux, un espace de va-et-vient entre le lieu et son ressenti, les récits qui nous habitent et les perceptions qui nous appartiennent » afin de « [renseigner] ce lien si particulier que nous avons avec nos lieux ». Pour ce faire, elle met en correspondance une sélection d’œuvres qui travaillent l’image en mouvement, allant du film d’animation au documentaire en passant par des récits de fiction filmiques et cinématographiques. Toutes ont également pour point commun de faire émerger des récits et des figures de l’ailleurs qui résonnent pourtant de manière familière et ne semblent plus si étrangères à l’heure où les enjeux identitaires, migratoires et paysagers – sur fond de post-colonialisme, de capitalisme et de changement climatique – sont plus que jamais mondialisés et de mise.

La programmation s’ouvre sur Blue spelling, a change of perspective is a change of temporality (2016, 2’27’’), une vidéo de Minia Biabiany « qui pose la question de la construction du regard sur soi et de sa relation avec ce qui nous entoure ». Blue spelling est une succession fragmentée de formes dessinées à la craie sur un tableau, qui sont autant de représentations colorées sur fond noir dont l’association se transforme – au gré du montage – en une animation silencieuse. À travers elle, l’artiste (re)génère des liens, des trajectoires, des perspectives et des transfigurations qui semblent nourrir une tentative de cartographie de paysages intérieurs, comme autant de figures de pensées situées au confluent du personnel et du collectif, de l’observation, du souvenir et du fantasme, du passé, du présent et du futur. En (é)tirant les fils, les lignes, de ses dessins animés et de sa narration sur une temporalité dissoute et séquencée, l’artiste crée un motif mental dont la progression est parfois sujette aux répétitions, entre retours en arrière et projections.

On retrouve cette temporalité singulière dans Stillborn (2014, 33’58’’). Réalisée par Oa4s (On all fours [À quatre pattes]) – collectif d’artistes composé de Temra Pavlović et Michael Ray-Von créé en 2013 et basé à Amsterdam et Mexico City – cette vidéo a été filmée dans la galerie Parallel Oaxaca (Oaxaca de Juárez, Mexique) au cours d’une des expositions du collectif dans laquelle – une fois achevée – la vidéo fut également projetée. On y suit la progression hantée et embrumée de fantômes mort-nés en quête d’identité au sein des espaces de la galerie – transformés en décors modulaires du film –, à la faveur d’une esthétique du passage et de la porosité. Parfaitement incarnées dans un rapport de coprésence des corps, de la matière et des fluides, ces figures spectrales semblent aussi possédées. Si les personnages fantomatiques sont filmés en train de s’afférer à toutes sortes de rituels – comme pour nourrir la vitalité d’un espace-temps habité dont l’intégralité déborde littéralement le cadre –, l’impression qu’ils ne sont pas véritablement les maîtres de leurs actions s’insinue au fil de la narration. La récurrence du motif de la chaîne semble corroborer ce qui pourrait être vu à la fois comme la métaphore d’une nouvelle forme d’esclavagisme mais aussi comme celle de la progression, puis de la transmission, du récit au sein d’une cosmogonie où les corps et l’esprit ne semblent faire plus qu’un pour susciter une renaissance.

Il est aussi question de mort et de renaissance dans Le cri du lambi (2017, 19’37’’) de Vincent Toi (né en 1982 à l’Île Maurice, vit et travaille à Montréal). Le court métrage mêle tour à tour 

L'espace Studiolo est pensé comme le prolongement digital expérimental de l'atelier partagé, en amont des expositions, par les artistes et les membres de l'équipe des Tanneries - que ce dernier soit physique ou encore mental.

Le Studiolo consacré à l'exposition Résurgence de Martine Aballéa - initialement prévue du 4 avril au 24 mai 2020 dans la grande halle - propose une immersion dans la phase d'élaboration et de mise en oeuvre de l'exposition à travers le partage renouvellé de contenus associés permettant d'en saisir les étapes et les évolutions jusqu'à son vernissage reporté au 23 janvier 2021

Il existe un lieu traversé par l’eau depuis des siècles. Elle modèle le paysage, mais elle a aussi été détournée par la présence humaine. Aujourd’hui un liquide différent surgit de ces anciennes routes souterraines. Il en résulte une substance fluide particulière. Son extraction donne des ondes brillantes de bleu et d’or qui illuminent l’espace avant de s’enfouir à nouveau dans les profondeurs.

Martine Aballéa, mars 2020

Pour son projet à venir aux Tanneries, Martine Aballéa (née en 1950 à New York, vit et travaille à Paris), philosophe des sciences de formation, envisage de transformer la Grande Halle en un laboratoire aux étranges éclats propice au déploiement d’une véritable science-fiction.

Puisant dans les caractéristiques architecturales de la Grande Halle — figures du passé industriel des Tanneries —, l’artiste rêve un dispositif irrigué d’un ou de mille récits autour du postulat de départ suivant, énoncé sur le registre d’un « il était une fois » : un laboratoire a été installé au cœur même du centre d’art pour assurer l’étude et l’exploitation d’une résurgence centrale — naturelle comme industrielle, mais aussi plastique.

S’esquisse alors dans l’imaginaire de Martine Aballéa une grande vague textile bleue, scintillante et flottante, qui viendra recouvrir, en une ondulation aérienne et ascendante, les cuves dans lesquelles circulait l’eau du Loing déviée jadis par les tanneurs. Fixée sur des étals animés par des agencements alambiqués d’éprouvettes, de ballons à fond rond, d’entonnoirs de laboratoire, de réfrigérants en verre, de fioles Erlenmeyer et d’autres fioles jaugées (1), l’onde iridescente  s’élancera le long de la Grande Halle pour venir se déposer, plus loin, aux pieds des promeneurs curieux.

Résurgence… Un songe qui émergera d’un antre plongé dans le noir à la faveur d’éclairages et de jeux de lumière cinématographiques qui viendront renforcer les irisations de la vague turquoise et des colonnes mordorées qui l’entourent ainsi que les reflets et éclats des verres scientifiques ; ces éclairages contribuant ainsi au développement d’une atmosphère irréelle dans laquelle l’esprit se laissera aller et divaguer, au fil de l’eau. 

E la nave va… (2)

Martine Aballéa pense donc un décor déserté et fantomatique, une aquarelle blakienne, qui laissera une place toute particulière aux imaginaires des visiteurs qui viendront l’incarner. Quid de cette résurgence aux allures factices, produit de ses artifices ? Quelles pourraient être ses propriétés ? Le mystère laisse libre cours à des spéculations toutes cathartiques. Chacun sera libre de se faire des films. (3)

À travers la future mise en scène d’une nature dénaturée — évoquée comme invoquée — et d’un réel déréalisé qui prévaudra comme une mise à distance propice à la rêverie, à la découverte d’un ailleurs, Martine Aballéa ré-emploiera un vocabulaire qui lui est propre pour introduire une figure narrative à la fois cyclique et linéaire qui se situera au croisement de l’épopée, de la tragédie et de la comédie.

De leur entremêlement au sein d’une esthétique néo-kitsch, où se mêleront l’authentique et le toc, naîtra une forme de grotesque fantastique et poétique qui ne sera pas sans rappeler les mises en laboratoire cinématographiques de La Fiancée de Frankenstein de James Whale (1935) ou encore les sacs et ressacs de la mer en plastique du Casanova de Federico Fellini (1976), deux œuvres dont les sources originelles remontent à la littérature du XIXè siècle.

Résurgence puisera donc dans de multiples résurgences : de thèmes, de motifs et autres champs lexicaux visuels qui parcourent l’ensemble de l’œuvre de Martine Aballéa, formant de véritables obsessions dont les contours se dessinent à l’aune de rêveries ambivalentes ponctuées de clartés et de mystères, d’étrangetés qui, au-delà du merveilleux, peuvent se faire parfois inquiétantes.

À travers l’imagination d’une installation onirique pleine de poésie bercée par un éclairage fantas(ma)tique, Martine Aballéa — toujours sur le fil, en bonne alchimiste ou funambule — projette la création d’un espace-temps singulier où s’entrecroiseront témoignages et narrations, fragments et mises en récits, fantasmes et illusions, mémoires et expériences, dans une oscillation constante entre vraisemblance et invraisemblance, réel et fiction, rêve et cauchemar, attraction et répulsion.

(1) – L’artiste est invitée a ré-agencer une sélection personnelle d’objets de laboratoire en verre industriel moulé issus des collections du Musée du Verre et de ses Métiers de Dordives.
(2) – Dans les inspirations de Martine Aballéa, on trouve des références au cinéma de Federico Fellini. Ici, on se souvient de la fameuse fin du film E la Nave Va (1983) dans laquelle Fellini ponctue le naufrage des deux navires par un travelling arrière qui dévoile les décors du film ainsi que le cinéaste et son équipe en plein tournage. La plasticienne partage avec le réalisateur une maîtrise parfaite des codes de la méta-poésie, allant aussi jusqu’à faire montre du processus de création au sein de ses œuvres en mettant continuellement en tension le décor, ses envers et leur magie, dans une forme de transfiguration du geste, de l’imaginaire, mais aussi de l’artiste.
(3) – « Le cinéma substitue à notre regard un monde qui s’accorde à nos désirs ». Ouverture du Mépris (1963) de Jean-Luc Godart, cette phrase attribuée par JLG à André Bazin est en réalité le remaniement, sous une forme légèrement différente, d’une phrase écrite par Michel Mourlet dans son article « Sur un art ignoré » (in Cahiers du cinéma n°98), à savoir : « le cinéma est un regard qui se substitue au nôtre pour nous donner un monde accordé à nos désirs ».
 

Partenaires de l'exposition
Avec l’aimable concours du Musée du Verre et de ses Métiers de Dordives.

 

Sur une invitation faite par la ville, sa directrice artistique, Sylvie Turpin, revient sur les temps forts de cette programmation avec l’exposition collective, œuvre aux singuliers. Elle présentera dans la Grande halle des Tanneries, d’une superficie de 1 500 m2 des peintures et des sculptures d'artistes des années 1970 à nos jours qui ont inspiré la ligne éditoriale de la galerie : Martin Barré, Christian Bonnefoi, Erik Dietman, Norman Dilworth, Jean-Pierre Pincemin, François Rouan, Claude Viallat, Jan Voss. Explorant sans a priori ce qui fait la réalité de la peinture – motif, surface, inscription du geste sur la toile - ces artistes en interrogent les évolutions possibles, inventent de nouvelles manières de peindre et d’envisager le tableau. Il en est de même dans le champ de la sculpture où l’emploi de matériaux de récupération et d’objets du quotidien favorise les bricolages ludiques de formes. Se développant à la marge de toute forme d’académisme, ces univers artistiques singuliers ont apporté une contribution décisive à l’art d’aujourd’hui.

 

Pour l’inauguration du Centre d’art contemporain Les Tanneries, en contrepoint d’une exposition portée par la ville d’Amilly et organisée par l’AGART au rez- de- chaussée de l’édifice, une exposition collective sera réalisée par Eric Degoutte, directeur du centre d’art, dans la Galerie haute d’une superficie de 500 m2. En invitant des artistes liés à l’histoire de l’abstraction, il expose avec Histoire des formes des gestes, des décisions, des attitudes et des protocoles singuliers qui en poursuivent l’histoire au temps présent, en revisitent les fondements et les prolongent.