Vous êtes ici

Les expositions

Le site se compose d’une bâtisse principale de 3 600 m² et de quatre bâtiments se déployant autour d’une cour et d’une allée arborée, dans un parc de près de 3 hectares. Ses dimensions exceptionnelles orientent le projet artistique dans le sens d’une valorisation du geste artistique d’aujourd’hui. C’est pourquoi l’accent est mis sur l’accueil et le développement de résidences de création.

Tous les espaces : Chambre double

Artistes : Francesco Fonassi, Michala Julínyová, Bernhard Rüdiger, Florence Schmitt, Leander Schönweger 
Commissaire d’exposition : Bernhard Rüdiger

Exposition visible du 26 juin au 29 août 2021
Vernissage le samedi 26 juin à partir de 14h30

Bernhard Rüdiger  - La Maison de l’humaniste (détail), 2016  
Photo : Alberto Ricci, Paris  Courtesy Bernard Bouche  © Bernhard Rüdiger, ADAGP, Paris, 2021 

Le projet Chambre double se présente comme une carte blanche adressée à l’artiste Bernhard Rüdiger sur l’ensemble des espaces intérieurs du centre d’art et annoncée par les présences successives de ses œuvres Siècle XXI ! (2007) dans le Parc de Sculptures et de Fullerène pathogène (2007) sur le Parvis. Pour répondre à cette adresse, Bernhard Rüdiger (né à Rome en 1964, vit et travaille entre Paris et Lyon) a décidé de travailler sa carte blanche en miroir : d’une part en expérimentant en tant qu’artiste la mise en rétrospective de son œuvre, présenté en Grande Halle, et d’autre part en invitant en tant que commissaire quatre jeunes artistes à investir les espaces supérieurs du centre d’art, depuis la Galerie Haute, jusqu’à la Petite Galerie en passant par la Verrière, afin de mettre en lumière des créations qui font singulièrement écho aux siennes et qui ont été peu montrées en France à ce jour.

S’il existe une forme de filiation avec l’œuvre de Bernhard Rüdiger dans la relation à l’Histoire et à la mémoire politique qui traverse celui de la Slovaque Michala Julínyová (née en 1991 à Trenčín, vit et travaille à Paris), dans la manière dont la Française Florence Schmitt (née en 1983 à Tours, vit et travaille à Paris) appréhende formes et perceptions par strates et rappels, dans les études sonores, soniques et acoustiques de l’Italien Francesco Fonassi (né en 1986, vit et travaille entre Brescia et Venise) ou encore dans les expériences perceptives de l’espace mises en scène par le sud-Tyrolien Leander Schönweger (né en 1986 à Merano, vit et travaille entre Bruxelles et Vienne), les démarches de l’ensemble de ces artistes – qui présentent également des liens entre elles – se fondent néanmoins sur des approches sensiblement différentes.

Avec Chambre double, l’artiste et commissaire fait donc dialoguer dimensions rétrospective et prospective de son travail au sein de mises en perspectives singulières qui reposent sur la cohabitation de cinq univers artistiques parallèles composés d’une grande diversité d’approches et de contenus mais qui ne sont pas sans se rejoindre, çà et là, au fil de liens formels ou conceptuels, entre similitudes et dissemblances, proximités et éloignements, familiarités et étrangetés, adhésions et oppositions. Au fil de ces entremêlements, Bernhard Rüdiger poursuit les recherches qu’il mène autour des notions de temps, d’expérience et de perception, entre temps linéaire et temps cyclique, visibilités et invisibilités, tangibilités et intangibilités, mémoires et oublis, extériorités et intériorités, objectivités et subjectivités, collectivités et intimités ; entre l’expérience de l’œuvre et le développement d’un espace mental associé : entre une chambre et son double. Suscitant sans arrêt le passage de seuils physiques et mentaux – d’une chambre à l’autre –, les œuvres constituent ici de véritables brèches et traits d’union, des points d’ancrage comme de passage, qui accompagnent la cristallisation de nouveaux espace-temps suspendus entre créations et réceptions, expérimentations et perceptions.

Reposant sur un art de la contradiction et une dualité intrinsèque – qui rappellent d’ailleurs celles contenues dans le poème baudelairien qui donne son titre au projet[1] –, Chambre double pose en effet les fondements de spatialités et de temporalités complexes, multiples, irrégulières, profondément ouvertes et subjectives qui nourrissent notre perception tout comme elles sont nourries par cette dernière. Entre mises en écho et en dialogue plus ou moins silencieuses et sous-jacentes, la monstration des œuvres qui jalonnent le parcours proposé par cette carte blanche semble fonctionner sur un principe de vases communicants qui souligne, au-delà des aspérités, la vibration et la circularité des matières comme des formes, des contenus comme des concepts, que ce soit à l’échelle d’une œuvre, d’une série d’œuvres, d’un espace, d’un étage ou encore du centre d’art dans son intégralité. Ce principe renforce par là-même cette dynamique d’échanges et d’allers-retours permanents dans la compréhension desquels les regards sont tout aussi importants que les gestes.

La perception du visiteur s’y trouve en effet sans arrêt modulée au contact d’œuvres multi-médias, multi-dimensionnelles, multi-sensorielles et multi-mémorielles qui reposent sur des mécanismes qui favorisent l’émergence de phénomènes de perte de repères, dans un rapport essentiel au corps, à ses sensations, ses positionnements, ses circulations, entre opacités et transparences, frontalités et pas de côté, verticalités et horizontalités, inversions et détournements. Des pertes de repères comme de notion du temps qui font bouger les lignes de la perception, offrant ainsi les conditions d’une manière d’être pleinement au monde, d’une forme d’éveil primordial qui se fait le terreau de nouveaux questionnements et de nouvelles épiphanies, à la fois esthétiques, éthiques et politiques.

Chambre double invite ainsi le visiteur à trouver ce point d’équilibre entre « une suffisante clarté et une délicieuse obscurité »[2] en (se) construisant un double parcours physique et mental parmi les univers présentés, depuis leurs racines communes jusqu’à leurs divergentes ramifications.

Communiqué de presse de l’exposition

[1] Charles Baudelaire, « La Chambre double » in Petits poèmes en prose, 1869
[2] Charles Baudelaire, Ibid.

 

Le projet Chambre double a reçu les soutiens de la fonderie Alfa Arte d’Eibar, des CAP Menuiserie/Installation et Maçonnerie de l’E.R.E.A. Simone Veil d’Amilly, de la Collection Thomas Krings-Ernst et d’une Collection particulière, Cologne, ainsi que de la Collection Michel Rein, Paris, dans le cadre de productions et prêts d’œuvres pour l’exposition de Bernhard Rüdiger.

Il a également reçu les soutiens du Département culturel de la Province Autonome de Bolzano/Sud-Tyrol et du Forum culturel autrichien de Paris dans le cadre de l’exposition de Leander Schönweger.

La rétrospective du travail de Bernhard Rüdiger en Grande Halle à l’occasion de sa carte blanche intitulée Chambre double aura la part belle dans la monographie de l’artiste qui sera publiée durant l’été 2021 par Mousse Publishing (Milan) et commercialisée à la rentrée 2021 par Les Tanneries – Centre d’art contemporain qui lui a apporté son soutien. Ce soutien s’inscrit dans le cadre de politiques éditoriales et d’aides à la documentation de la création situées au cœur de son projet d’établissement.